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Quand nos déchets deviennent matière première.

13 Feb

Les récifs artificiels en question

Publié par Adoptez Une Ordure !

Les récifs artificiels en question

Si les récifs coralliens ne couvrent que 0.1% des fonds marins, ils n’en hébergent ou abritent pas moins 25% des espèces marines. Les scientifiques s’inquiètent de leur disparition: déjà en 1998, ils ont mesuré que 15 à 20% des récifs coralliens dans le monde ont blanchi-nécrose- suite au passage d’El Nino et au réchauffement consécutif des eaux.

La bonne santé du récif corallien dépend de la qualité des eaux. Rappelons que le corail est un être vivant, c’est un animal qui appartient au même groupe que les méduses ou les anémones– le groupe des cnidaires. Sa survie, il la doit à la température et au PH de l’eau. Le réchauffement et l’acidification des eaux, font peser une grave menace sur les coraux et donc incidemment sur la faune et la flore qui évoluent sous leur protection.

0.1¨% d’occupation des fonds marins pour protéger 25% des espèces marines.

Si les récifs coraliens disparaissent, c’est la mort assurée des espèces qui se développent en leur sein, c’est également un manque à gagner pour les pêcheurs côtiers, et c’est pour recréer les écosystèmes disparus que l’homme tente depuis des années de recréer des récifs artificiels

Les récifs artificiels en question

Récifs artificiels réparateurs?

En Thaïlande, ce sont 25 carcasses de chars d'assaut achetées à moitié prix à la Chine, qui ont été immergées dans le golfe de Thaïlande pour restaurer l'écosystème en donnant aux poissons des abris providentiels pour pouvoir se reproduire.

Cela fait une dizaine d’années déjà que la Thaïlande a recours à ce subterfuge pour repeupler les fonds marin: des wagons de train, des camions poubelles ont été ainsi immergés et la stratégie semble payante puisque 4 ans après leur immersion on a pu constater que la densité de poissons était 400 fois supérieure. Rappelons que l’activité économique principale du pays est la pêche et que les prélèvements épuisent inlassablement les ressources.

Aux Etats Unis ce sont plusieurs centaines de rames de métro d’une flotte vieillissantes qui ont été envoyées par le fond au large de New York, créant un cimetière que les poissons ont vite colonisé.

Avant d’être noyées, les carcasses métalliques ont été soigneusement dépolluées: moteurs, réservoirs d’huile ou d’essence ...ont été retirés. Mais qu’en est-il de l’amiante ? Est-elle vraiment inoffensive une fois plongée dans les abîmes?

Les récifs artificiels en question

Pollution réparatrice certes, mais pollution quand même.

Un peu partout dans le monde, on a créé des récifs artificiels pour préserver les zones de pêche ou pour créer des sites de plongée: ici des carcasses de voitures, là des épaves de navires...

Pour certains, ces amas de métal sous-marins ne sont que des dépotoirs invisibles qui ne dérangent pas le regard, contrairement aux décharges à ciel ouvert. Mais on est en droit de se poser des questions: n’y a-t-il pas un risque environnemental à terme? Il n’y a pas d’études scientifiques pour s’interroger sur les conséquences de telles immersions. Ne joue-ton pas les apprentis sorciers comme dans les années 70, quand des pneus ont été jetés par millions au large des côtes de la Floride avec un résultat catastrophique parce qu’ils ont dévasté les fonds marins en empêchant la croissance des coraux. D'ailleurs, on les a retrouvés des années plus tard échoués sur les plages du littoral. Il y a eu des expériences du même type dans le Golfe Juan en France et là aussi on a détruit et pollué les fonds marins. L’addition est pharaonique pour la récupération de ces pneus .

Viabilité économique en question.

Jeter ainsi à la mer de vieilles rames de métro, des pneus... n’est-ce pas un moyen peu coûteux de se soustraire à bon compte du traitement et du recyclage des matériaux?

Aujourd'hui, on est plus sensibles à l'épuisement de nos ressources naturelles. Plutôt que de jeter par-dessus bord, ne serait-il pas plus judicieux de démanteler et recycler les matières premières pour les réintégrer dans le circuit de fabrication de ces mêmes matières, économisant ainsi de l’énergie et des ressources minières? Nous savons tous désormais que les ressources de la planète ne sont pas inépuisables.

Ce type de "recyclage" est-il écologiquement correct. Est-il seulement économiquement légitime? En effet, est-il financièrement intéressant de couler à pic plutôt que de déconstruire: dépolluer est une procédure coûteuse et les filières de valorisation des matières devenant de plus en plus performantes, il devient de plus en plus attrayant de démanteler et recycler les vieilles carcasses obsolètes.

Vers de nouveaux récifs artificiels écologiques?

L’implantions prochaine d’éoliennes dans la Manche, comme toute implantation off-shore, ne se fera pas sans perturber les éco systèmes sous marins et pour anticiper voire réparer les dommages faits. L'ESITC Caen a été pré-sentie pour piloter le projet RECIF -réutilisation de coproduits marins en récif artificiel-, grâce à son expertise dans les éco-matériaux innovants. En effet, l’ESITC valorise les coquillages marins en granulats pour fabriquer des récifs artificiels immergés respectueux de l’environnement. Sachant que la Bretagne et la Normandie constituent à elles deux le second producteur conchyicole d’Europe, sachant que tous les ans cette zone génère 200 000 tonnes de coquillages et que 90% de la masse récoltée est résiduelle, l’ESITC s’est spécialisée dans la revalorisation des déchets coquilliers: le béton de coquilles.

Il semblerait qu'il y ait désormais une prise de conscience, une véritable réflexion sur les récifs artificiels: le choix des matières immergées et l'impact sur les éco-systèmes. Expérience à suivre.

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